Dix façons de cultiver la bienveillance chez les enfants

Depuis que je travaille à EFBA, le mois de février a une place toute particulière pour moi. La Saint-Valentin n’a jamais vraiment été ma tasse de thé. En revanche, enfant, février évoquait le carnaval de Nice — la ville où je suis née et où j’ai grandi — et la Fête du citron de Menton, avec leurs couleurs, leur joie et cette sensation d’hiver qui commence doucement à s’adoucir. Aujourd’hui, février a pris une saveur différente, encore plus douce, et il suscite chez moi un enthousiasme tout particulier : à EFBA, février est devenu le mois de la gentillesse.

À la fin de cet article, vous trouverez dix façons concrètes de célébrer le mois de la gentillesse avec des enfants. Mais avant cela, j’aimerais vous proposer un petit détour pour comprendre comment la gentillesse est célébrée ailleurs dans le monde, et pourquoi elle est aujourd’hui reconnue comme un véritable enjeu éducatif et sociétal.

Cet article résonne avec la période que traversent aujourd’hui de nombreuses familles aux États-Unis. À EFBA, au cœur de la Baie de San Francisco, notre communauté est animée par une conviction forte : proposer aux enfants une éducation qui nourrit l’empathie et renforce résilience et l’humanisme. Plus que jamais, ce sont des valeurs essentielles, dans un monde traversé par l’incertitude et le repli sur soi.

Comment est célébrée la gentillesse dans le monde ?

Le mouvement des Random Acts of Kindness (français : « actes de gentillesse spontanés ») est né il y a plus de quarante ans dans la région de la baie de San Francisco. En 1982, l’autrice et militante de Berkeley Anne Herbert publie dans la revue CoEvolution Quarterly la première mention connue de la phrase devenue emblématique : « Practice Random Acts of Kindness and Acts of Senseless Beauty » (français : « Pratiquez des actes de gentillesse spontanés et des gestes de beauté gratuite »). À partir de là, l’idée se diffuse progressivement dans les communautés environnantes, donnant naissance à un mouvement qui encourage des gestes simples, gratuits et désintéressés.

En 1995, la Random Acts of Kindness Foundation est créée dans la Bay Area afin de structurer et soutenir ces initiatives. Les célébrations s’organisent alors principalement au mois de février, durant la semaine de la Saint-Valentin. L’organisation est ensuite reprise par une fondation privée et s’installe à Denver, dans le Colorado, où elle est toujours basée aujourd’hui. Bien que de taille modeste, cette fondation poursuit un objectif clair : faire de la gentillesse une norme sociale, et non une exception.

Au Canada, et plus particulièrement au Québec, la troisième semaine de février est officiellement reconnue comme la Semaine de la gentillesse. Le pays est même devenu, en 2021, le premier à adopter une loi instituant cette semaine à l’échelle nationale. Très présente dans les écoles, les services publics et les municipalités, cette semaine est l’occasion de travailler sur le climat scolaire, l’empathie, la prévention des violences, la qualité des relations et les actes de solidarité. Ici, la gentillesse est perçue comme un véritable levier social et éducatif.

À l’échelle internationale, la Journée mondiale de la gentillesse, célébrée chaque année le 13 novembre, est née en 1998 à l’initiative du World Kindness Movement. Fondé lors d’une conférence à Tokyo, ce mouvement visait à faire de la gentillesse un engagement collectif, au-delà des cultures, des religions et des frontières politiques. Aujourd’hui, cette journée est reconnue et célébrée dans de nombreux pays, notamment dans les écoles et les communautés éducatives, rappelant que la bienveillance est une valeur universelle, profondément humaine.

Pourquoi nous avons décidé fêter le mois de la gentillesse à EFBA

Pas plus tard que la semaine dernière, alors que je formais de jeunes futur·es directeur·rices de colonies de vacances, l’un de mes stagiaires est venu me partager son scepticisme face à ce qu’il appelait la « sur-bienveillance » aujourd’hui largement promue. Selon lui, dans un monde marqué par la violence, les inégalités et des rapports de force parfois brutaux, la gentillesse risquait de devenir une forme de naïveté, laissant les plus faibles sans outil pour faire face aux plus forts. 

Ce stagiaire, que j’ai eu la chance d’accompagner dès ses débuts en tant qu’animateur, exprimait une inquiétude sincère : celle de ne pas suffisamment préparer les enfants à la dureté du monde, aux injustices scolaires et sociales qu’ils auront à affronter. Pouvons-nous réellement les armer pour l’avenir, se demandait-il, si nous leur apprenons à répondre à la violence par des mots, au conflit par le dialogue, et à l’injustice par la coopération ?

Je ne vais pas philosopher ici pendant des heures. Allons droit à l’essentiel, sur ce qui fonde mes valeurs et celles d’EFBA. La bienveillance n’est ni une posture naïve, ni une mode éducative : c’est un véritable enjeu de société. Elle devrait être au cœur de l’éducation de nos enfants, quelles que soient nos cultures, nos religions, nos valeurs ou nos sensibilités politiques. N’avons-nous pas tous et toutes cette aspiration commune à laisser à nos enfants un monde plus juste, plus pacifique, dans lequel ils puissent grandir heureux et en sécurité ?

Certains pays ont fait le choix de prendre cette question très au sérieux. Au Danemark, les enfants suivent, dès l’âge de six ans, des cours d’empathie et de bienveillance depuis 1993. En l’espace de trente ans, ces enseignements auraient contribué à diviser par trois les cas de harcèlement dans le pays. La Finlande, de son côté, a intégré les compétences socio-émotionnelles au cœur même de son système éducatif : l’apprentissage de l’empathie, de la coopération, de la gestion des conflits et du respect de l’autre y est considéré comme aussi fondamental que les apprentissages académiques. En Norvège, enfin, l’école a pour mission explicite de développer l’empathie, la participation démocratique et la capacité à résoudre les conflits de manière pacifique. Avec ces quelques éléments, je vous laisse deviner quels pays figurent en tête du Rapport mondial sur le bonheur, publié chaque année depuis 2012 par l’université d’Oxford en partenariat avec le Réseau des solutions pour le développement durable des Nations unies.

Nous pourrions consacrer des pages entières aux bienfaits — largement documentés scientifiquement — des pédagogies qui promeuvent la bienveillance et l’empathie chez l’enfant (peut-être le sujet d’un prochain article…). En attendant, nous avons choisi de vous proposer dix façons simples et concrètes de cultiver la gentillesse et l’empathie avec les enfants, que vous soyez parent ou professionnel·le de l’éducation.

Dix façon de cultiver la bienveillance chez son enfant

Toutes les actions proposées ci-dessous ont été testées et approuvées sur le terrain, dans le cadre de nos cours de français et de nos centres aérés (100% en français, organisés dans la Baie de San Francisco), où l’empathie et la gentillesse sont au cœur de notre pédagogie. Nous encourageons également les adultes à les réaliser : les enfants apprennent énormément par l’exemple, et nous modélisons, souvent sans nous en rendre compte, leurs futurs comportements. Un dernier conseil : essayez d’intégrer ces actions dans votre quotidien. La bienveillance ne devrait pas se limiter à quelques défis ponctuels dans l’année, mais devenir une manière d’être et de vivre ensemble.

  1. Offrir un cadeau à la personne de son choix, sans rien attendre en retour. Cela peut être un objet, un dessin, un mot doux ou un petit geste symbolique.
  1. Apporter son aide, en donnant un coup de main à quelqu’un de son entourage ou en participant à une action bénévole au sein d’une association.
  1. Faire un don, de différentes manières : donner de l’argent à une association (en proposant plusieurs options à l’enfant et en le laissant choisir), offrir des vêtements ou des objets dont on ne se sert plus, ou encore participer à une collecte alimentaire. Ces gestes, simples en apparence, laissent souvent une empreinte durable chez les enfants.
  1. Écrire une lettre ou un message pour remercier quelqu’un d’un geste, d’une attention ou d’un soutien reçu.
  1. Participer aux tâches de la maison (ou de l’école), car la bienveillance, c’est aussi œuvrer ensemble vers un objectif commun : mettre la table, aider à cuisiner, ranger, nettoyer… à adapter bien sûr à l’âge et aux capacités de l’enfant.
  1. Pendant cinq minutes, écouter réellement une personne : s’intéresser à ce qu’elle dit, lui poser des questions, essayer de comprendre ce qu’elle ressent, sans interrompre ni attendre quelque chose en retour.
  1. Dire à une personne ce que l’on apprécie chez elle, que ce soit une qualité ou un comportement.
  1. Prendre des nouvelles de quelqu’un que l’on n’a pas vu ou contacté depuis longtemps.
  1. Prendre soin de son environnement, car prendre soin du monde qui nous entoure, c’est aussi prendre soin des autres : ramasser un déchet, arroser les plantes d’un voisin, respecter les espaces communs.
  1. En fin de journée, remercier intérieurement trois personnes pour quelque chose qu’elles ont fait et qui nous a fait du bien. Personnellement, je pratique cet exercice chaque soir depuis plusieurs mois, et son impact sur ma santé mentale et mon état d’esprit au quotidien a été bien plus fort que je ne l’aurais imaginé !

La gentillesse ne se décrète pas, elle se cultive. Elle se construit dans les petits gestes du quotidien, dans la façon dont on se parle, dont on écoute, dont on choisit de réagir face aux difficultés. À EFBA, nous sommes convaincus que transmettre l’empathie et la bienveillance aux enfants, ce n’est pas les rendre fragiles face au monde, mais au contraire leur donner des outils solides pour y trouver leur place sans reproduire la violence. Et si le mois de la gentillesse est pour nous un temps fort, c’est surtout une invitation à faire de ces valeurs une habitude, bien au-delà du mois de février.

Si vous relevez ces défis en famille, pensez à immortaliser ces moments et à nous envoyer vos photos à marketing@efba.us. Ensemble, inspirons d’autres familles à participer !

Écrit par Julia Peillon, directrice des programmes culturels et des centres aérés à EFBA