Entretien avec Simone Bloch, enseignante à EFBA depuis 2010

Par Lia Warnke

Publié par EFBA — Éducation Française Bay Area

Certaines histoires surgissent là où on ne s’y attend pas. Au détour d’une conversation, d’un nom évoqué en passant, d’une rencontre que l’on était à deux doigts de ne pas faire.

L’Histoire ne se transmet pas seulement dans les livres. Elle se transmet aussi à travers celles et ceux qui nous entourent.

Simone Bloch fait partie d’EFBA depuis juin 2010. Enseignante la plus ancienne de notre association, elle transmet depuis plus de seize ans le français aux enfants de la baie de San Francisco, avec un engagement qui va bien au-delà de l’enseignement linguistique.

Simone est aussi la petite-fille de Marc Bloch, l’un des historiens les plus influents du XXe siècle. Le 23 juin 2026, celui-ci a fait son entrée au Panthéon, aux côtés de son épouse Simonne (à ne pas confondre avec notre Simone, dont le prénom ne contient qu’un seul « n »). J’ai récemment eu le privilège de m’entretenir avec elle pour comprendre ce que cet hommage historique représente pour sa famille. Au fil de notre échange s’est dessiné un récit qui dépasse largement la figure du grand historien : celui d’un héritage transmis silencieusement de génération en génération, à travers le monde, les guerres, l’exil, les traumatismes, mais aussi des liens familiaux particulièrement forts.


Qui était Marc Bloch ?

Marc Bloch naît en 1886 à Lyon, au sein d’une famille originaire de Strasbourg, en Alsace. L’histoire de cette région frontalière, longtemps disputée entre la France et l’Allemagne, est étroitement liée à celle de sa famille. Annexée par l’Allemagne à l’issue de la guerre franco-prussienne de 1870-1871, l’Alsace redevient française en 1918, avant de passer de nouveau sous domination allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, puis d’être libérée en 1945. Ces bouleversements politiques et territoriaux marquent profondément la vie et la pensée de Marc Bloch.

Marc Bloch pendant la Première Guerre mondiale

Son père est lui-même historien, tandis que ses ancêtres comptent plusieurs générations de rabbins. À l’image de nombreux Juifs attachés à l’esprit des Lumières, ce dernier se considère avant tout comme français. Profondément républicain, il ne pratique pas sa religion. Marc Bloch grandit ainsi dans un milieu où la rigueur intellectuelle et les valeurs républicaines occupent une place centrale. Il épouse Simonne, avec laquelle il aura six enfants. L’un d’eux deviendra le père de Simone Bloch, notre enseignante à EFBA, qui nous accompagne aujourd’hui dans cette histoire.

Au cours de sa carrière, Marc Bloch s’impose comme l’un des historiens les plus influents de son époque. Alors que la discipline reste largement dominée par une approche chronologique des batailles, des règnes et des événements politiques, il contribue à en renouveler les méthodes. Selon lui, comprendre le passé suppose de dépasser le seul récit des événements et de multiplier les perspectives.

« Il était arrivé à la conclusion que, pour faire sérieusement de l’histoire, il fallait connaître l’économie, la géographie, la sociologie et bien d’autres disciplines. Il fallait croiser les différentes sciences humaines. C’est ainsi qu’il travaillait. »

Géographie, économie, sociologie, linguistique : Marc Bloch défend une conception de l’histoire fondée sur le dialogue entre les disciplines. Les sociétés et leurs évolutions ne peuvent, à ses yeux, être comprises à travers un seul champ du savoir.

Spécialiste du Moyen Âge, il est notamment l’auteur de La Société féodale, ouvrage devenu une référence majeure de l’historiographie française. En 1929, il fonde avec son collègue Lucien Febvre la revue Annales d’histoire économique et sociale qui transforme durablement la manière d’étudier l’Histoire et dont l’influence se fait encore sentir aujourd’hui. 

Parmi ses œuvres les plus connues figure également L’Étrange Défaite. Rédigé au lendemain de la débâcle française de 1940 et publié après sa mort, cet ouvrage propose une analyse sans concession de l’effondrement de la France face à l’Allemagne nazie. Sa valeur tient notamment à la singularité de sa démarche : sans bénéficier du recul que permet le passage du temps, Marc Bloch mobilise sa rigueur intellectuelle et sa méthode d’historien pour analyser, au jour le jour, les événements dont il est lui-même le témoin.

« Il explique, en substance, que les classes dirigeantes et fortunées ont trahi le reste de la population française. Elles n’ont pas su réfléchir à la situation parce qu’elles n’avaient pas compris que le monde avait changé. Et lui vivait tout cela au jour le jour. »

L’Étrange Défaite par Marc Bloch, présenté sous forme d’œuvre artistique


Un homme qui aurait pu ne pas combattre, mais a décidé de le faire

Le patriotisme de Marc Bloch ne se limite pas à ses convictions intellectuelles. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, en 1914, il rejoint fièrement l’armée française et sert pendant toute la durée du conflit. Il atteint le grade de capitaine et reçoit plusieurs distinctions, dont la Croix de guerre, assortie de cinq citations, ainsi que la Légion d’honneur. Mais ces quatre années de guerre laissent également de profondes séquelles psychologiques.

« Mon père me racontait qu’il avait dû voir des choses extrêmement traumatisantes. Il avait même du mal à entrer dans une boucherie. Mon père avait très peu de souvenirs de cette période, mais je me souviens de ce qu’il m’en a confié. »

Dans les années 1930, la montée de l’antisémitisme en Europe fait peser une menace croissante sur les populations juives. L’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir en Allemagne, en 1933, puis l’expansion territoriale du régime nazi rendent le danger de plus en plus manifeste. En 1938, l’Allemagne annexe l’Autriche, puis les territoires germanophones de la Tchécoslovaquie. Face aux ambitions expansionnistes d’Hitler, la France et le Royaume-Uni, sous l’impulsion d’Édouard Daladier et de Neville Chamberlain, privilégient une politique d’apaisement. Destinée à éviter un nouveau conflit européen, cette stratégie ne fait finalement qu’encourager le régime nazi à poursuivre son entreprise. Pour un intellectuel juif comme Marc Bloch, la menace est désormais bien réelle.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, en septembre 1939, il a 53 ans. Professeur d’université reconnu sur la scène internationale, il a depuis longtemps dépassé l’âge des obligations militaires. Rien ne l’oblige donc à reprendre les armes. 

Il choisit pourtant de s’engager volontairement.

À mesure que la situation se détériore, plusieurs collègues étrangers lui proposent de quitter la France. Une invitation à s’installer aux États-Unis lui offre notamment la possibilité de se mettre à l’abri. Mais cette solution se heurte à un obstacle familial.

« Il y avait un problème : mon père et son frère avaient déjà plus de 18 ans et n’étaient pas concernés par la proposition. Mon grand-père a donc décidé de rester en France. Toute la famille est restée. »

Marc Bloch renonce ainsi à cette possibilité de départ, refusant d’assurer sa propre sécurité au prix d’une séparation avec ses enfants.

Après la défaite française de 1940, le territoire est divisé entre une zone occupée par l’armée allemande et une zone dite « libre », administrée par le régime de Vichy, qui engage une politique de collaboration avec l’Allemagne nazie. Entre octobre 1940 et juin 1941, les autorités françaises adoptent des dispositions antisémites, notamment les statuts des Juifs, qui excluent progressivement les personnes juives de nombreuses professions. D’autres mesures organisent parallèlement la confiscation de leurs biens et de leurs entreprises. Écarté de la Sorbonne, Marc Bloch bénéficie néanmoins d’une dérogation exceptionnelle qui lui permet de poursuivre son enseignement, d’abord à Clermont-Ferrand, puis à Montpellier.

En novembre 1942, les troupes allemandes envahissent la zone jusque-là non occupée. L’année suivante, Marc Bloch entre dans la clandestinité et rejoint « l’armée des ombres », la Résistance à Lyon, l’un des principaux foyers de l’opposition à l’Occupation. Agissant sous une fausse identité, il en devient l’un des responsables régionaux. Ses fils aînés, parmi lesquels le père de Simone, s’engagent eux aussi dans la lutte clandestine, chacun dans une région différente de celle où opérait leur père.

Marc Bloch est arrêté à Lyon par la Gestapo le 8 mars 1944. Incarcéré à la prison de Montluc, il subit de nombreuses séances de torture, notamment sous l’autorité de Klaus Barbie. Malgré les sévices qui lui sont infligés, il ne révèle aucune information. Sa famille en est sûre.

« Personne n’a été arrêté après lui. C’est bien la preuve qu’il n’a rien dit. », nous explique Simone, avant de faire une pause, puis d’ajouter discrètement : « Je sais qu’il a subi des simulations de noyade et toutes sortes de tortures. Je sais que ce sont parmi les choses les plus horribles que l’on puisse infliger à un être humain. »

Le 16 juin 1944, dix jours après le Débarquement allié en Normandie, Marc Bloch est exécuté dans un champ près de Lyon. Ce jour-là, 28 résistants sont extraits de leur prison et conduits sur les lieux pour y être fusillés. Deux d’entre eux survivent. Leurs témoignages permettront par la suite de reconstituer le déroulement de l’exécution. Selon leurs récits, Marc Bloch meurt en criant : « Vive la France ! ».


Écrire l’Histoire au cœur des événements

La clandestinité n’interrompt pas le travail d’écriture de Marc Bloch. Il consigne au jour le jour ce dont il est témoin : l’effondrement de la France, l’incompétence de son commandement militaire et la faillite morale de sa classe dirigeante. C’est dans ce contexte qu’il rédige L’Étrange Défaite, une analyse critique des raisons qui ont conduit le pays à capituler si rapidement face à l’Allemagne nazie. Marc Bloch y met particulièrement en cause l’attitude des classes dirigeantes et fortunées, auxquelles il reproche d’avoir, dans les faits, livré la France à Hitler. Il dénonce également les erreurs du haut commandement militaire, incapable, selon lui, de prendre la mesure des transformations de la guerre moderne. L’importance croissante de l’aviation et l’évolution des stratégies militaires rendaient pourtant obsolètes nombre de tactiques héritées des conflits précédents.

En 1940, il entreprend également la rédaction d’Apologie pour l’Histoire ou Métier d’Historien, une réflexion sur le rôle et la nature même de la connaissance historique. Aucun de ces deux ouvrages ne paraît de son vivant. Conservés à l’abri des regards pendant la guerre, ils seront publiés après sa mort et s’imposeront comme deux références majeures de l’historiographie du XXe siècle. 

Plus récemment, une bande dessinée intitulée Marc Bloch. L’historien combattant a été publiée en France, offrant aux jeunes générations l’occasion de découvrir son parcours. 

« Je trouve que c’est une belle façon d’aborder cette histoire sans la rendre trop pesante. En France, la bande dessinée est considérée comme le neuvième art. On n’est pas dans l’univers Marvel : certaines bandes dessinées sont de véritables bijoux de poésie et de créativité. »


Les trois conditions posées par la famille pour son entrée au Panthéon

De gauche à droite : le Panthéon à Paris, l’inscription dédiée à Marc Bloch sur sa façade et l’entrée de l’exposition qui lui est consacrée dans la crypte (du 25 juin 2026 au 10 janvier 2027).

Lorsque le président Emmanuel Macron propose l’entrée de Marc Bloch au Panthéon, la décision est loin de faire immédiatement l’unanimité parmi ses descendants. Dispersés entre plusieurs continents et fuseaux horaires, les membres de la famille échangent de nombreux courriels pour discuter de cette proposition. Si certains s’en réjouissent d’emblée, d’autres expriment davantage de réserves. Ces réticences s’inscrivent dans une histoire familiale déjà marquée par la question de la préservation de sa mémoire. Le fils de Marc Bloch, père de Simone, avait longtemps craint que l’image de son père ne soit récupérée à des fins politiques et associée à des causes que la famille n’aurait pas souhaité cautionner.

Après de longues discussions, les descendants finissent par donner leur accord, sous réserve que trois conditions soient respectées.

Première condition : ne pas déplacer sa dépouille. Après son exécution, Marc Bloch avait été enterré dans une fosse commune. Son corps avait ensuite été transféré dans le village familial, dans le centre de la France, où ses restes reposent aujourd’hui dans un petit monument commémoratif, aux côtés d’autres fusillés. Pour ses descendants, il n’est pas question de procéder à un nouveau transfert. « Cela suffit. Il a déjà été déplacé une fois. Nous n’avons pas besoin de le déplacer une seconde fois », estime la famille. L’hommage rendu au Panthéon prend donc la forme d’un cénotaphe, c’est-à-dire d’un tombeau symbolique ne contenant pas de dépouille. Cette solution a déjà été retenue pour plusieurs personnalités honorées au Panthéon, parmi lesquelles Joséphine Baker, Robert Badinter, artisan de l’abolition de la peine de mort en France en 1981, ainsi que Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz, deux figures majeures de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale.

Deuxième condition : associer son épouse Simonne à cet hommage. Il est important pour « notre Simone » que la place de sa grand-mère soit pleinement reconnue. Celle-ci a été la plus proche collaboratrice de son mari, travaillant tous les jours à ses côtés, élevant leurs six enfants et prenant une part active à ses réflexions intellectuelles. Une contribution que l’histoire a largement laissée dans l’ombre.

« Elle était sa secrétaire, ce qui veut dire qu’elle était aussi sa collaboratrice. Elle faisait tout : elle lui donnait des conseils, l’aidait dans son travail… J’ai même lu des poèmes qu’il lui avait écrits. »

Ils formaient ensemble un couple extraordinaire.

Troisième condition : exclure les personnalités politiques d’extrême droite de la cérémonie.

Le président Macron accepte les trois conditions. La cérémonie est fixée au 23 juin 2026. La veille, une veillée républicaine est organisée à l’École normale supérieure, où Marc Bloch avait effectué ses études. Ouvert au public, ce rassemblement se veut un moment de recueillement collectif, à l’écart du protocole officiel et de toute dimension religieuse. 

Marc Bloch devient ainsi la 84e personnalité honorée au Panthéon depuis sa création à la Révolution française. Parmi ces 84 personnalités, seules sept sont des femmes.

Le président Emmanuel Macron préside la cérémonie d’hommage à Marc et Simonne Bloch au Panthéon.


L’héritage d’un père, le témoignage d’une fille

Pour saisir toute la portée de cet hommage, il faut également s’intéresser au parcours de celui qui, entre Marc Bloch et sa petite-fille, a joué un rôle essentiel dans la transmission de cet héritage : le père de Simone.

Engagé dans la Résistance, il apprend la mort de son père et de sa mère alors qu’il participe encore à la lutte clandestine. Cette épreuve jouera un rôle déterminant dans sa vie :

« Il s’est fait une promesse, lorsqu’il a appris la mort de son père et de sa mère, alors qu’il était soldat et qu’il était lui-même engagé dans la Résistance. La promesse de faire tout ce qui serait en son pouvoir pour préserver l’héritage de son père. »

Devenu magistrat, il consacre également une grande partie de sa carrière à la lutte contre la torture et les détentions arbitraires. Ses engagements le conduisent notamment en Irlande, au Brésil et en Italie. Sa fille explique qu’elle a mis des années à comprendre pourquoi. 

« Quand j’étais petite, je savais que mon père était comme ça. Je ne faisais pas le rapprochement. Mais plus tard, j’ai compris. Sa passion prenait sa source dans ce qu’avait vécu son propre père. Ce qu’on lui avait fait. »

Il se montre par ailleurs profondément et vivement critique envers l’institution militaire, bien qu’il ait lui-même servi dans l’armée. Patriote convaincu, il rejette toutefois le nationalisme. Il s’engage dans le mouvement syndical. Il n’hésite pas à contester les décisions des autorités qu’il trouve injustes. Parmi les principes qu’il transmet à ses enfants, l’honnêteté intellectuelle occupe une place prépondérante.

« Dans ma famille, l’honnêteté intellectuelle est fondamentale. Il faut toujours remonter aux sources, vérifier les informations, ne jamais rien tenir pour acquis. »

Il transmet aussi, sans le vouloir, le poids considérable de son héritage.

« D’un côté, il y a la fierté, et avec elle une forme de devoir, de responsabilité. Et de l’autre, il y a cette ombre qui pèse sur vous, au point de parfois vous écraser. »

Lorsqu’elle parle de son père, l’admiration se mêle à la profonde tendresse de voir quelqu’un tel qu’il est vraiment. Elle se rappelle notamment un accident de voiture survenu aux États-Unis alors qu’elle n’avait que treize ans. Lorsque les secours arrivent sur les lieux, son père est encore conscient. Ses premiers mots sont : « Mes papiers sont là. » Avant même de perdre connaissance, son premier réflexe avait été de penser à sa famille.

« Je ne sais pas si je suis particulièrement courageuse. Je sais simplement qu’il m’est arrivé d’intervenir dans des situations risquées. Quand je vois des gens se battre, par exemple, je me dis : non, je ne peux pas laisser faire ça. »

Le père de Simone est décédé avant que la cérémonie au Panthéon ne soit officiellement confirmée. Il avait toutefois eu connaissance du projet et savait déjà que son propre père pourrait recevoir cet hommage. 

« C’était déjà quelque chose », confie simplement Simone.


Un héritage toujours vivant

Cette histoire familiale ne s’arrête pas à Marc Bloch ni à la génération de son fils.

Le neveu de Simone, Matis Bloch, fils de son frère aujourd’hui décédé, est devenu historien à son tour. À travers ses conférences et ses interventions, il contribue à faire connaître les travaux de son arrière-grand-père et à prolonger la réflexion intellectuelle engagée par celui-ci. « Je suis vraiment heureuse de voir que cette transmission continue », confie Simone.

L’Université de Strasbourg, ville d’origine de sa famille paternelle, a ainsi porté pendant vingt ans le nom d’Université Marc-Bloch. Cette reconnaissance avait pourtant été précédée de résistances, notamment liées à l’antisémitisme, avant que la dénomination ne finisse par s’imposer plusieurs décennies plus tard. Aujourd’hui, de nombreuses rues, places publiques et établissements scolaires portent son nom à travers la France.

Depuis la baie de San Francisco, où elle enseigne le français aux enfants, Simone entretient un rapport plus intime, parfois ambivalent, à cet héritage. La renommée de son grand-père, l’engagement de son père et les responsabilités qui semblent accompagner un tel nom peuvent aussi donner le sentiment d’une histoire trop grande pour soi.

« Je me suis toujours sentie toute petite, parce que je ne peux rien faire d’autre que vivre ma vie. Et je me demande sans cesse : qu’aurais-je fait à leur place ? Que ferais-je aujourd’hui ? »


Ce que l’histoire de Marc Bloch peut transmettre à nos élèves

À EFBA, nous sommes convaincus que l’apprentissage du français ne se limite pas à l’acquisition de vocabulaire et à la maîtrise des règles de grammaire. Une langue est aussi porteuse d’histoire, de mémoire et de valeurs. Marc Bloch en avait une conscience particulièrement aiguë. Pour lui, comprendre le présent supposait de remonter aux sources, de questionner les faits, d’accepter la complexité du monde et de se méfier des réponses simplistes.

À bien des égards, la vie de Marc Bloch incarne cette même exigence intellectuelle que Simone souhaite transmettre à ses élèves : le courage de poser des questions difficiles, la rigueur dans la recherche de la vérité et le refus de détourner le regard face à la complexité du monde. C’est par conviction, et non par obligation, qu’il s’est battu pour la France, animé par la certitude que la recherche de la vérité et l’effort de compréhension demeuraient essentiels, même dans les circonstances les plus tragiques. S’il n’a pas survécu à la guerre, sa pensée et les principes qui ont guidé son existence, eux, lui ont survécu.

L’héritage de Marc Bloch demeure bien vivant, porté par celles et ceux qui, génération après génération, continuent de transmettre sa pensée et ses valeurs. 

Lorsque je demande à Simone ce qu’elle aimerait que les élèves d’EFBA retiennent de la vie et des enseignements de son grand-père, sa réponse est immédiate.

« L’intégrité. Le courage. Et l’honnêteté intellectuelle. Remonter aux sources. Vérifier les informations. Ne rien tenir pour acquis. Et ne jamais cesser de se poser des questions. »